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Alban Martin : sa vision, ses méditations

18/05/2006

Phoenix essaie un nouvel objet dérivé: le DigHitBook

Vu sur le blog d'Alban Martin

Dighitbook_1_1Plus qu'un support, ce qui intéresse le mélomane, c'est de l'émotion, une expérience musicale. CD, MP3, DVD audio, sonnerie, vinyl, peut importe le flacon, pourvu qu'on est l'ivresse ! Et si le flacon était un livre ouvert sur l'univers de l'artiste? EMI nous propose le DigHitBook™ , dont le groupe Phoenix donne le baptême du feu.


Le DigHitBook, c'est quoi? C'est le support choisi par Phoenix (en plus du CD et du MP3) pour commercialiser son nouvel album "It is never been like that", sorti le 15 mai.

Comme son nom l'indique, le DigHitBook de Phoenix est tout d'abord un livre, dans lequel le groupe raconte son épopée musicale et se montre sous un jour plus intime à travers un album photo, assorti de commentaires et des paroles des chansons. Le DigHitBook Phoenix laisse une place à la personnalisation : des emplacements vierges sont réservés à l'expression libre du public.

Ce objet musical n'est tiré qu'à 2000 exemplaires, ce qui lui donne un aspect collector que les amateurs avertis aprécieront. Cet objet n'a d'ailleurs pas de forme ou de format pré-défini, à la différence des pochettes carrés de CD par exemple, ce qui permettra de le rendre propre à chaque univers artistique.

Mais en plus, dans ses dernières pages, le DigHitBook contient un code de téléchargement et l'adresse web d'une plate-forme de distribution de musique en ligne (iTunes en l'occurence). Il suffit de se connecter, taper le code fourni dans les dernières pages du livre pour télécharger "gratuitement" tous les titres de l'album de l'artiste. Le tout est vendu aux alentours de 25 Euros, à partir du 30 mai.

Avec un tel objet dérivé, on se situe au delà de la vente d'un produit standart, on propose bien une expérience musicale (dont les grandes caractéristiques sont: émotion, proximité avec l'artiste, unicité et personnalisation). On peut ainsi imaginer des développements sans fin pour les prochains DigHitBook qui fourniront une clé internet (sur le modèle opendisc), permettant pourquoi pas d'accéder à du contenu exclusif, des sonneries, des places de concert à prix réduit, des vidéos clips, des tchat', d'autres images, des goodies, des infos, des partitions, les lignes de voix, etc...tout ce qui permet de co-créer une expérience musicale sur-mesure, selon une gamme tarifaire progressive...


Comme le dit Branco du groupe Phoenix, "J'aime l'idée d'offrir aux gens qui s'intéressent à notre musique, un objet qui nous ressemble et sur lequel nous avons aussi laissé des pages blanches afin que ce DigHitBook devienne aussi le leur" (source: communiqué de presse). On est loin d'un support froid et impersonnel, mais on rentre dans l'unicité de l'expérience musicale. Et pour Morvan Boury, DGA d'EMI Music France: "Avec le DigHitbook, cet objet hybride aux frontières du monde papier et du monde numérique, nos équipes inventent un nouveau moyen de rapprocher les artistes de leurs fans" (source: communiqué de presse). La maison de disques ne se positionne pas comme vendeur de disques, mais comme intermédiaire permettant de rapprocher les fans et les artistes, et donc de faciliter la création d'expériences musicales.

Signe que ce produit dérivé est singulier et unique, on le trouvera non pas à la fnac ou chez Auchan, mais chez Colette, Agnès B, ou Rezoh à Strasbourg, et dans 13 pays européen.

Si je suis tellement enthousiaste, c'est que je vois un signe fort de la transformation du métier des maisons de disque de producteur de CD, à co-créateur d'expériences musicales personnalisées. Et  là se situe la nouvelle valeur et la vraie valeur ajoutée, face à la "Music Like Water" des réseaux P2P...

16/05/2005

Les Wanadoo Discoveries consacrent un nouveau genre d'artistes

Article par Alban Martin 

http://cocreation.blogs.com/

Cinq ans après la découverte de Lorie par PeopleSound, une nouvelle génération d'artistes  se développe grâce au web, non seulement pour la création des oeuvres, leur promotion, et également pour leur commercialisation: l'exemple des Wanadoo Discoveries

En parallèle du FunLive organisé samedi soir à Nice par FunRadio,
Wanadoo a organisé la finale de son concours pan européen "Wanadoo Discoveries". La compétition organisée par les différentes filiales de Wanadoo a récompensé le duo Sly Athann & Gillian O'Donovan pour leur titre "Without You". Malgré le soutien du public du FunLive à la candidate espagnole, ce sont les internautes qui ont voté et qui ont désigné le duo franco-britannique qui gagne ainsi une campagne de promotion sur le web et la réalisation d'un vidéo clip.

Seul groupe indépendant parmi les quatre finalistes, le duo a la particularité d'avoir mis l'accent sur les nouvelles technologies pour créer son disque. Sly Athan a ainsi produit le disque avec un simple Mac (équipé du logiciel Logic) tandis que la chanteuse Gillian O'Donovan lui envoyait par e-mail les chants enregistrés chez elle en Grande-Bretagne. "En tant qu'indépendant, on ne pensait pas pouvoir lutter contre des artistes soutenus par des majors ou mis en avant par la téléréalité. Mais les internautes ont vraiment écouté notre musique et nous ont désigné sur ce seul critère, c'est une vraie satisfaction" explique Gillian O'Donovan qui fut choriste de Eurythmics.

Paradoxalement, le groupe qui s'est appuyé sur internet pour concevoir et promouvoir sa musique devra attendre pour pouvoir la distribuer sur des kiosques comme Wanadoo JukeBox. "En tant qu'indépendant, c'est plus long d'être sur une plate-forme de téléchargement. Wanadoo ne peut pas nous aider car ils sous-traitent cette activité à OD2 et que ces derniers exigent un catalogue d'au moins 50 albums pour s'intéresser à nous. Nous allons passer par un autre label mais cela va nous faire perdre du temps" explique Sly Athan, compositeur de l'album et créateur de la radio Laser à Rennes et d'un label Hip Hop.

En attendant le référencement de l'album "The Price Of Freedom" sur les principaux kiosques musicaux du marché, les internautes peuvent écouter en streaming "Without You" sur le site des Wanadoo Discoveries ou tout simplement se rendre sur le site web de Sly Athann  pour acheter les fichiers par audiotel

De tels succès  "internet" se retrouvent également dans l'univers cinématographique: on se souvient  tous de Tarnation, le film de Jonathan Caouette, également découvert par le public via un festival de court métrage en ligne  intitulé "Sundance Online Film Festival". Caouette avait réalisé son film grâce au logiciel iMovie d'Apple pour moins de 300 euros ... Un nouveau modèle de création de contenu? Les amateurs vont à la rencontre des professionels. Peut-on encore nommer "amateurs"  ceux qui ne travaillent pas directement avec des institutionnels? La frontière entre les deux mondes est-elle encore pertinente?

Merci à Jerome Bouteiller de neteconomie pour l'info.

03/03/2005

Homère (l’Iliade), Wilco (A Ghost is Born), même combat

Article par Alban Martin

http://cocreation.blogs.com/

Quel est le point commun entre Homère, le perte de l'Iliade et l'Odyssée, et Wilco, le groupe de rock qui a conquis le P2P?

Le groupe Wilco a eu une attitude très constructive lorsque Reprise, le label de Warner Music, a décide de ne pas produire le 4eme album du groupe, "Yankee Hotel Foxtrot": ils l'ont diffusé sur les réseaux de P2P et se sont lancés dans une tournée archi comble de 30 dates. Du coup, un autre label de Warner, Nonesuch Records, a racheté les droits pour 3 fois le prix original... Les fans, grâce au P2P, ont donc directement influé sur la signature de l'artiste.

Et ce n'est pas tout, Wilco a compris où résidait la valeur aux yeux de ses fans, puisqu'il a financé le montage d'un documentaire video via le net, a diffusé un concert live via le net en MPEG4, inclus des bonus et de la vidéo dans ses CDs...

Son dernier album "A Ghost is Born" pouvait etre écouté gratuitement en ligne 3 mois avant sa sortie officielle, puis échangé sur les reseaux de P2P: est-ce que ca signifie une dechirure entre le public et l'artiste? au contraire, les fans qui ont téléchargé l'album ont été invité à faire un don à "médecin sans frontière". Résultat: 11 000 $.

Mais le plus intéressant, c'est l'attitude de son leader Jeff Tweedy qui explique sur wired.com que "The artist controls just part of the music-making process; the audience adds the rest. Fans' imagination makes it real. Their participation makes it live. We are just troubadours, the audience is our collaborator. We should be encouraging their collaboration, not treating them like thieves." (traduction: "L'artiste ne contrôle qu'une partie du processus de création d'une oeuvre; le public fait le reste. C'est l'imagination des fans qui rend tout possible. Leurs participations donnent vie au morceau. Nous ne sommes que des troubadours, le public est notre partenaire. On devrait encourager sa collaboration et non pas le traiter comme un voleur")

Le public, de part son interaction avec l'artiste et son travail, lui donne une autre dimension. Il aide l'artiste à sortir de sa subjectivité, pour faire de sa création une oeuvre eternelle, en se l'appropriant, la transformant, la relayant, la diffusant, la chantant, c'est à dire en gardant le morceau vivant, ancré dans le quotidien et les oreilles du public.

Le personnage d'Homère aurait-il traversé les époques et atteint l'immortalité (on parle toujours de lui, non?) s'il avait mis un DRM sur l'Iliade? C'est justement par ce que son oeuvre a été reprise librement, rejouée, rechantée, complétée, transformée après sa mort, relayée de villages en villages etc... qu'elle nous est restée 3000 ans après sa mort. Et quel artiste aujourd'hui ne voudrait pas d'une consécration Homérique? Le public est le meilleur allié pour y parvenir.

06/02/2005

Le non-sens économique du proçès d’Alexis et du P2P

Article par Alban Martin

alban.martin@wanadoo.fr

Avec le procès d’Alexis, les Majors ont montré leur profonde méconnaissance marketing et commercial. On avait bien compris que les Majors n’étaient pas des œuvres caritatives, et ça personne ne le remet en question. Mais du coup, pourquoi les Majors ne se comportent-elles pas comme des entreprises « normales » souhaitant faire des profits ? La règle pour générer des revenus, c’est de comprendre et satisfaire les besoins du marché pour vendre. Pas la peine d’avoir fait HEC pour le savoir.

Or les Majors pensent que les besoins du marché sont des DRM (protections des morceaux électroniques). On en a tellement besoin, nous, les consommateurs, qu’il faut les protéger aussi parce qu’elles sautent avant même leurs sorties. Les Majors pensent également que le Peer 2 Peer devraient disparaître car il est contre-productif. C’est vrai qu’un outil permettant de connaître en temps réel les requêtes et les besoins des consommateurs ne sert à rien. Comment utiliser à des fins marketing un outil délivrant instantanément des statistiques comportementales ?

Les Majors ont une telle culture client qu’elles ne proposent aux consommateurs que des produits qui répondent à ses besoins : 15 chansons quand seulement 2 ou 3 l’intéresse, pour le prix de 15 ; des CDs non compatibles avec des autoradios, pour le prix de la compatibilité ; des MP3s non compatibles avec certains lecteurs, pour le prix de la compatibilité. Sans parler de la politique de fidélisation de ses meilleurs clients : 15000€ d’amende pour Alexis qui a acheté 500 CDs originaux. Chez les Majors, on a bien compris que le bouche-à-oreille et les communautés représentaient un formidable outil commercial, donc autant les utiliser pour la nouvelle campagne de fidélisation.

Le client est roi chez les Majors, c’est bien connu. Il n’a donc aucune excuse pour ne pas utiliser les services proposés par l’industrie. D’ailleurs ces services ont tellement été pensés pour répondre à ses besoins qu’il faut le contraindre à les utiliser : procès, barrières techniques, incompatibilité, propagation de virus et faux fichiers en tout genre, messages subliminals insérés dans les MP3s : c’est-à-dire que des outils marketing très performants enseignés notamment chez l’Oréal ou Procter & Gamble.

En prenant le client pour référentiel, et non pas l’entreprise et ses produits, les Majors auraient beaucoup à apprendre. Les sources de revenus apparaîtraient tout naturellement, et les clients deviendraient des consommateurs sans les forcer. C’est la magie de l’offre et de la demande. Le Peer 2 Peer est un signal fort du marché, l’entreprise qui l’ignore ne respecte pas les règles du marché, et ne doit pas s’attendre à voir le marché respecter les règles.

30/01/2005

Comment rentabiliser a posteriori les MP3 ?

Article  par Alban Martin - alban.martin@wanadoo.fr


Tout part du constat que la rareté d'un morceau n'est plus un élément lui permettant de se monnayer:
les Majors essaient de réintroduire de la rareté dans leur production au travers notamment des DRM et du blocage du Peer 2 Peer pour justifier d'un prix non gratuit. Cette méthode aura le succès qu'elle aura, l'avenir le dira…

En tout cas, on peut également envisager d'autres méthodes pour valoriser la création musicale. On peut intégrer le fait qu'aujourd'hui, des millions de personnes possèdent plusieurs Gigas de MP3 sur leurs disques durs, et qu'il faut donc rentabiliser a posteriori ce catalogue déjà amorti en partie par les ventes de CD.

Apple réfléchit actuellement sur une fonctionnalité de iTunes que l'on pourrait appeler "make it legit": cette fonctionnalité comparerait le catalogue iTunes avec les morceaux de la librairie de l'internaute, de manière confidentielle, et permettrait de remplacer un à un les morceaux piratés par les originaux. Le prix de substitution pourrait être un prix discount, ou incluant par exemple l'envoi d'une photo dédicacée de l'artiste, ou une remise sur une place de concert.

Ou alors, on peut imaginer l'installation d'un logiciel sur l'ordinateur, qui recenserait de manière anonyme les MP3 présents sur le disque, et proposerait l'accès premium à du contenu exclusif (concerts inédits, chat avec l'artiste etc…) en fonction du nombre de morceaux stockés. En effet, plus on possède des morceaux d'un artiste, plus on est fan. Donc ce programme permettrait de recenser les fans, de les cibler et de les co-opter. Il n'y a pas meilleur agent "commercial" que le fan ! donc autant les choyer car ils font découvrir les artistes aux autres et parlent en leur nom. Vous imaginez recevoir un mail de sting@sting.com par exemple expliquant "Vous possédez la plupart de mes morceaux sur votre disque dur, je vous propose d'acheter en exclusivité mon Live à Philadelphie et/ou une place premium pour mon futur concert à Paris". En ciblant des fans avec de telles offres, on a plus de chance de trouver des personnes prêtes à payer pour des produits musicaux adaptés à leurs besoins.

Enfin, on considère de plus en plus la musique comme une simple "commodité", un peu comme une matière première tant elle s'est répandue de manière exponentielle depuis Napster Version 1. La rareté n'existant quasiment plus en matière musicale, pourquoi ne pas prendre à la lettre cette idée de commodité, et considérer par exemple iTunes et iPod comme la station service et la voiture? Pourquoi ne pas imaginer un système transformant la musique en carburant pour baladeur MP3. Si les personnes stockent autant de Giga différents sur leur disque dur, c'est parce qu'elles aiment bien varier les écoutes de manière périodique. Donc on peut imaginer des morceaux à transférer sur un nouveau type de baladeur MP3, ces morceaux ayant une durée de vie d'un mois par exemple (c'est déjà faisable techniquement). Puis au bout d'un mois on recharge son baladeur en ligne avec du carburant musical. En trouvant le bon niveau de prix, avec les services exclusifs qui vont avec (points de fidélité "changer de baladeur" suivant la consommation, découverte en avant première de morceaux, des gammes de prix du "carburant" variable suivant le morceau), on peut trouver un public conquis.

Il ne s'agit que de quelques pistes à creuser, pour montrer la voie vers une issue à "l'amiable" du conflit entre les majors et les internautes…