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Etudes et mémoires

25/09/2006

Emilien Moyon: "Nouvelles pratiques de consommation et innovations technologiques : Quels impacts sur l'industrie de la musique?"

Dans le cadre du Master de Stratégie et Management des Organisations de l'IAE de Lille, Emilien Moyon a mené un travail de recherche sur les mécanismes de changement de l'industrie de la musique qui sont inséparables de la révolution Internet.

Voici le fruit de son travail,  son mémoire s'intitule "Nouvelles pratiques de consommation et innovations technologiques : Quels impacts sur l'industrie de la musique?"

vous pouvez le télécharger ici :  Téléchargement Music_Industry_Emilien.pdf

voici un extrait de l'introduction....

"Les questions relatives à l'influence des acteurs sur le processus de changement institutionnel sont particulièrement intéressantes et nous allons nous intéresser particulièrement aux réponses stratégiques des organisations face à des pressions exercées sur les pratiques institutionnelles. L'objectif de ce travail est d'observer la façon dont différentes réponses stratégiques, plus ou moins virulentes, peuvent s'articuler de façon simultanée ou séquentielle.

Le déséquilibre que connaît actuellement l'industrie de la musique constitue un terrain particulièrement propice à l'observation de ces phénomènes. Le champ institutionnel de l'industrie de la musique vit depuis quelques années une profonde remise en question de ses pratiques institutionnelles qui a été provoquée principalement par l'émergence d'un certain nombre d'innovations technologiques. L'analyse des mécanismes institutionnels qui se produisent actuellement permettent d'observer de façon privilégiée le rôle que peuvent jouer les acteurs et les réponses stratégiques qu'ils mettent en oeuvre. Ce terrain présente une particularité intéressante : les majors sont des organisations puissantes et influentes qui ont établi un certain nombre de pratiques institutionnelles sur lesquelles elles ont construit leur domination à l'intérieur du champ institutionnel. Or ce sont également ces majors qui sont dangereusement menacées par les pressions qui sont exercées actuellement à l'intérieur de ce champ. Cependant elles disposent des ressources nécessaires pour réagir et tenter d'affaiblir les acteurs qui exercent ces pressions. Il est donc particulièrement intéressant d'analyser les stratégies de ces majors."

19/06/2006

Musique & Numérique : la carte de l'innovation

Face à la résistance des échanges de musique sur les réseaux P2P et ailleurs, peut-on trouver dans l'innovation (création, distribution, service, relation avec le public, tarification...) des voies marchandes pour recréer de la valeur au bénéfice de toute la filière musicale?

De telles innovations pourraient-elles générer des revenus significatifs pour toute la filière musicale, même si subsiste un volant significatif d'échanges sur les réseaux P2P? Autrement dit, peut-on concurrencer l'échange de fichier en créant de la valeur?

Logo_2 La FING lance un débat public et ouvert, en ligne, autour de ces questions.

Venez-y participer ici

Ma contribution lors du séminaire du 16 mai, ICI

11/05/2006

La digitalisation de la musique classique en 2006…?

En lisant le rapport émis par l’Observatoire de la Musique, on s’aperçoit que les CD de musique classique s’achètent à Noël!

Evolution_des_ventes_de_cd_audio_classiq
L’Observatoire nous révèle aussi que la musique classique n’est représentée en moyenne qu’à 43% sur les plates-formes de téléchargement! Le SNEP annonçait le 3 mai dernier, que le chiffre d’affaire des ventes en gros de CD a baissé de 12% au premier trimestre 2006. A l’inverse, le secteur de la musique classique aurait progressé de +24% !! [Serait-ce l’effet «Coffret Mozart»?]

Résumons : la musique classique est peu présente sur les plates-formes de téléchargement, les ventes de CD augmentent vs. les autres catégories de musique, mais c’est un marché soumis à une forte saisonnalité! On se trouve ici en présence de spécificités qui m’intriguent… menons l’enquête auprès de professionnels…

La musique classique peut-elle passer à la distribution digitale?
La musique classique représente environ 5% des ventes en France, 2% aux Etats-Unis, 10% en Corée, 8% en Allemagne et 3% en Grande-Bretagne, selon les données les plus récentes des maisons de disques. Les dirigeants de l'industrie du disque disent que plus de 10% des ventes de musique classique se font en ligne (source Reuters).

Depuis quelques semaines, les communiqués de presse s’enchaînent à propos de la mise à disposition de musique classique sur le net.
Le 26/03, c’est Universal Music qui ouvrait le bal en proposant le téléchargement de concerts d'orchestres philharmoniques via deux labels (Deutsche Grammophon et Decca Music). En moyenne 4 concerts par an seront proposés en téléchargement (l'Orchestre philharmonique de New York et celui de Los Angeles). Universal envisage d'étendre rapidement l’initiative aux orchestres européens les plus prestigieux.
"Le téléchargement est le canal pertinent pour diffuser de la musique au 21e siècle" a déclaré le Finlandais Esa-Pekka Salonen, qui dirige l'Orchestre philharmonique de Los Angeles. "C'est l'opportunité pour les amateurs de musique classique de découvrir, de connaître et d'apprécier la musique grâce aux dernières technologies". Le prix? Entre 6,60 et 8,30 euros sur iTunes, Rhapsody et Napster. Mais certains auraient préféré que le téléchargement de ces concerts soit gratuit pour inciter les auditeurs à assister à des concerts et éventuellement rajeunir l'audience… (Ha! Rajeunir l’audience… nous y reviendront!) Pour exemple, les enregistrements des 9 symphonies de Beethoven interprétées l'été dernier par l'Orchestre philharmonique de la BBC ont été téléchargés 1,5 millions de fois. L'opération, en partenariat avec Radio 3, était gratuite…

Le 11/04, c’est Warner Classics qui lançait sa plate-forme de téléchargement en direct. Le site propose 300 albums à télécharger, et «chaque semaine, des douzaines de nouveaux albums seront mis en ligne».
Un album «full price» pourra être téléchargé pour 8£ (11.50€), un album «budget» pour 3£ (4.30€). On pourra également acheter des pistes séparément à 0.80£ (1.15 €) jusqu’à 10 minutes, 1£ (1.43€) jusqu’à 15 minutes et 1.20£ (1.73€) jusqu’à 25 minutes. [Et! oui, même si iTunes a rappelé sa volonté de maintenir le prix unique à 99c, les distributeurs de musique classique ne l’entendent pas de cette oreille… au risque d’embrouiller le consommateur avec une tarification plutôt compliquée! Mais combien vaut un opéra de plusieurs heures?]

Du côté des indépendants, Integral Classic Distribution a ouvert son site de distribution de CD en ligne hier et Abeille Musique m’a confié que son site allait se renouveler et ouvrir les téléchargements avant fin août 2006…

Pourquoi ce marché est-il si particulier?

1- Le conseil
Il existe de nombreux interprètes pour une même œuvre… Faites l’essai vous-même avec Mozart sur iTunes… plus de 551 albums sont proposés !

Mozart_2

A l’époque, on allait chez un disquaire et on demandait au vendeur de nous aider à choisir entre une valeur sûre (type Karajan) et une nouvelle interprétation. Mais aujourd’hui, les disquaires indépendants sont morts et la FNAC a revu sa politique de distribution à la baisse… «Un disque qui n’est pas vendu en 3 mois n’est plus référencé par la FNAC, est retourné au distributeur et de fait devient quasiment introuvable» me confie Flavien Pierson d’Integral Distribution. «Vendre un CD à 3000 exemplaires est considéré comme un excellent score, nous avons donc besoin de proposer de nombreux catalogues. En plus de se recentrer sur des activités à plus forte marge, les dirigeants de la FNAC ont préféré engager de jeunes vendeurs, moins chers, mais qui n’y connaissent rien!» Exit le conseil du vendeur! Comment choisir? Avec 45 secondes d’extrait…?

Utiliser les forums ? C’est une idée utilisée par Abeille Musique.
Pour les plus nuls, vous pouvez toujours aller sur Amazon et acheter ça pour 22 euros, 439 pages…
Musique_classique_pour_les_nuls

ou l’Encyclopedia of Classical Music pour 16 euros, 928 pages… puisque Naxos s’est associé avec la National Public Radio pour offrir un guide musical online. Les acheteurs de l’Encyclopedia sortie en avril, auront accès en parallèle à 500 streams de musiques classiques qui complètent l’encyclopédie. Une façon de guider les amateurs vers le digital?
Npr

2- Une cible qui ne rajeunit pas?
Tout le problème de la musique classique c’est qu’elle continue d’être associée à une image démodée… Il paraît que les amateurs de cette musique sont des vieux... Je n’ai pas trouvé de statistiques précises sur le sujet ;-)
Plusieurs solutions pour être «éduqué» à la musique classique: pratiquer un instrument de musique (25% de français selon le magazine Artistes Pluriels), avoir des parents qui écoutent de la musique classique, faire partie d’une chorale, être initié à l’école ou encore aller à Musicora, le salon de la musique classique? Laurent Petitgirard s’insurge «Musicora c’est poussiéreux! Il n’y a pas de dimension festive,  on a l’impression d’être chez les morts!» Il ajoute, «pour rajeunir la cible il faut aussi que la musique classique trouve sa place à la TV qui permet de découvrir les décors, les musiciens, de voir peut être même plus de détail qu’en concert. Et puis au-delà de l’éducation, avec toutes les grandes interprétations de référence existantes, il est difficile de passionner les mélomanes pour une nouvelle interprétation de la 9ème de Beethoven. Il faut que la musique contemporaine trouve sa place, c’est ça le futur!»

3- Un marché voué à la mort?
En décembre 2003, Louis Bricard remettait au ministre de la culture un rapport «Vingt préconisations pour la survie des disques de musique classique».
Le titre nous laissait croire à l’époque que la musique classique allait disparaître, ou pourrait être sauvée grâce à une volonté forte de l’Etat de mettre en place des subventions et des aides. «Quand j’ai lancé mon activité de distribution en 97’, la situation était déjà dure mais je ne me sentais pas une victime. Je n’avais pas envie d’aller voir le Ministère pour être aidé à mourir le plus longtemps possible» déclare Yves Riesel, éditeur du coffret Mozart et Directeur d’Abeille Musique. «Il faut avant tout, une bonne matière première, travailler les répertoires et l’édition.» Abeille Musique génère aujourd’hui près de 350Keuros de CA par mois sur internet, emploie 27 personnes qui ont en moyenne une trentaine d’années. Des jeunes! «Les interprètes changent autant que pour la pop, les carrières artistiques évoluent. C’est un marché de niche mais les clients sont fidèles et ils veulent de la qualité!»

4- La qualité… parlons-en!
On dit souvent que les auditeurs de musique classique sont plus exigeants que les autres sur la qualité sonore des œuvres… Bon, il faudra prévoir des qualités d’encodage supérieures pour la vente de musique en ligne…
Naxos propose d’écouter plus de 60 chaînes musicales en ligne, dont des radios de musique classique en encodage type CD… à découvrir!
Laurent PetitGirard me confie «les auditeurs de musique classique ont besoin d’être chouchoutés, c’est un public classieux. 50% d’entre eux n’écoutent que de la musique classique. Il faudrait se démarquer du monde de la chanson et créer un magasin «univers». Je rêve d’un magasin virtuel en 3D, où Mozart viendrait me parler, un univers comme une bibliothèque où je pourrais saisir des œuvres pour les écouter, avec du texte et les paroles des opéras… Moi je rêve d’un magasin qui serait le plus beau des jeux vidéo!»

Quelle sera la première plate-forme à offrir une telle expérience? Et surtout, dans combien de temps?

Merci à Yvez Riesel Directeur d’Abeille Musique, Flavien Pierson PDG d’Integral Classic et Laurent Petitgirard, compositeur et chef d’orchestre.

28/01/2006

Comment appréhender la musique dans le futur? Retourne à l’école!

Berkleemusic, prolongation de l’école de musique de l’université de Berklee, a lancé en décembre son premier programme professionnel sur la musique du futur. Accessible depuis l’étranger, vous pouvez en 12 semaines et pour un maximum de 895 dollars tout apprendre sur les stratégies gagnantes pour l’industrie de la musique du futur! Yeah!

Le cours examine les scénarios du futur dans la perspective de ce qui fonctionne aujourd'hui et de ce qui fonctionnera demain, le paysage des artistes, des auteurs, des directeurs et des éditeurs d'une entreprise numérique. Il évalue les méthodes traditionnelles de promotion et de distribution et le développement des nouvelles stratégies!

Ce cours est dispensé par le très célèbre Dave Kusek, auteur du non moins célèbre «the Future of the Music Business».

Pour comprendre notre environnement et en maîtriser ses évolutions, quoi de mieux que la formation et le retour à l’école?

Il y a juste quelques points qui me chagrinent…

Music2_2 Tout d’abord, la magnifique photo qui illustre ces cours, se réfère probablement à l’idée du livre, à savoir que la musique est liquide.

Elle est partout, omniprésente, facile à acquérir, à transporter, à écouter, à échanger… On nous montre donc une bouteille avec une étiquette… cela fait tout de même penser à une bouteille de jus d’orange ou de boisson énergétique… qui sont aujourd’hui des produits de grande consommation… industrialisés! Alors première question: la musique, est-ce un produit industriel? Pour une partie sans doute.

Music_industry_1

Un schéma explicatif du cours nous montre les relations entre les différentes parties de cette industrie.

Ensuite, la bibliographie du cours propose de lire «Making Music Make Money», un livre pour faire de l’argent! Un extrait du livre est téléchargeable. Et là, surprise! On nous donne LA recette pour faire un tube!

Entre autre, est-ce que :
1- le titre de la chanson peut faire un tube?
2- les paroles sont percutantes?
3- la chanson est structurée correctement?
4- les arrangements valorise la chanson?
5- le rythme est juste?
6- existe-t-il un concept dans la chanson?

Je laisse au lecteur le soin de lire le reste… J’aimerai penser que la musique est liquide, comme une soupe, et qu’il suffit d’une bonne recette de grand-mère pour se régaler… Mais il y aussi peut être un zest de mystère qu’on appelle le talent!
   
Pour ceux qui ne souhaitent en savoir un peu plus sur ces nouvelles stratégies de la musique du futur, Berklee nous propose un centre de ressources gratuites avec de nombreux articles en PDF.

En mars 2003, en première partie du concert de Seal, je découvre Christophe Maé. Il vient avec sa guitare sur scène, un copain et un instrument qui lui permet de répéter sa voix à l’infini. Et là, c’est magique! Non seulement son timbre de voix est vraiment particulier, mais je retiens 2 chansons par cœur juste après les avoir entendues! L’alchimie fonctionne! J’ai essayé par tous les moyens d’en savoir plus. Son site internet de l’époque nous donne un rapide medley en concert. Son album reste introuvable… bien que signé chez Warner Music.

En 2006, je retrouve Christophe Maé dans la comédie musicale du Roi Soleil! Alors que sa bio indique qu’il est proche du jazz, raggae, blues et qu’il joue de nombreux instruments! Mais que fait-il dans cette super production?

J’espère que la future industrie de la musique sera tout sauf un broyeur de talents!

10/01/2006

Echanges P2P et musique en ligne : deux études à lire

Pour commencer, je souhaite à tous les lecteurs de ce blog une merveilleuse nouvelle année 2006! Remplie d’émotions, de découvertes et de bon son entre les oreilles!

Les mutations du marché de la musique en ligne continuent d’être décryptées au fur et à mesure grâce à de nombreuses études. Je conseille d’en lire deux en particulier, qui semblent intéressantes dans leur approche car elles segmentent les marchés/populations étudiés.

Pour rappel, le marketing est une discipline qui cherche à satisfaire le ou les désirs et besoins du consommateur ou de groupes de consommateurs (segments marketing), et à assurer la commercialisation des biens et services proposés dans les meilleures conditions de profit.

1- La première étude, de David Blackburn, sur les effets de la copie de fichiers : "On-line Piracy and Recorded Music Sales". Aux USA, la disponibilité des chansons sur les réseaux P2P a eu deux effets concomitants sur les ventes. Tout d’abord, il existe un effet direct de substitution des ventes car certains consommateurs sont plus enclins à télécharger qu’à acheter de le musique. En second lieu, il y a un effet de pénétration qui augmente les ventes, car la diffusion des morceaux d'un artiste l’aide à augmenter sa notoriété. Le premier effet est le plus fort pour les artistes déjà connus, alors que le second est le plus fort pour les artistes inconnus. On peut dire que le P2P réduit les ventes d’un artiste connu au profit d’artistes  moins connus. [ndrl : Existe-t-il un effet semblable sur le marché français ?]

David Blackburn nous apprend aussi page 7, que le P2P influence les ventes de deux façons:
- La première est l’effet d’exposition expliqué par Liebowitz (1982). L'effet d'exposition se rapporte à la capacité des consommateurs de prélever un échantillon avant d’acheter un bien. Le P2P peut permettre aux clients potentiels de lever leur incertitude quant au risque d’acheter un album entier en «échantillonnant» des chansons de l'artiste.
- La deuxième raison se concentre sur des effets de réseau : quand une certaine partie de la population consomme ou écoute la musique, cela augmente le désir d’achat pour d'autres consommateurs. Autrement dit, si certains consommateurs écoutent la musique d'un artiste, d'autres consommateurs aiment cet artiste seulement pour cette raison.

Blackburn (2003) démontre aussi que les sociétés avec des produits plus «mûrs» préfèrent moins de copie et que les sociétés avec de nouveaux produits préfèrent plus de copie…

2- La deuxième étude, de l’UFC Que Choisir, segmente les usages et les comportements des internautes concernant leurs motivations pour copier de la musique.
Voici les raisons pour lesquelles un français copie:

Copie

Voici les raisons pour lesquelles, un français ne copie pas:

Pas_de_copie

L’étude nous apprend : «du point de vue du profil des copieurs, il apparaît que l'échange de copie est une pratique très répandue qui concerne pratiquement toutes les catégories sociales. Les copieurs ne peuvent pas uniquement être assimilés à des jeunes irresponsables ou à des resquilleurs. […] Sur les facteurs explicatifs du copiage (probabilité d'être copieur et intensité du copiage), les variables significatives sont : un effet d'imitation et de contagion sociale (amis, familles, relations de travail...), l'accès à une diversité culturelle plus importante, le prix perçu des originaux, les compétences informatiques et dans une moindre mesure, le niveau d'études.»

Alors, est-ce que, effet d’exposition, effet de réseau et segmentation seront les maîtres mots de 2006 pour les offres de musique en ligne?

11/11/2005

RIAA contre les particuliers: 2 ans après

L’Electronic Frontier Fondation a publié un rapport le jeudi 3 novembre 2005 qui remet en cause les procès de la RIAA contre les individus. Depuis 2 ans la RIAA (Recording Industry Association of America) a commencé des poursuites contre les fans qui partagent de la musique sur les réseaux P2P. Plus de 15.000 procès ont été initiés aux USA mais le partage de fichiers musicaux n’a pas ralenti pour autant. Cache Logic nous le prouve ici.

D’après le rapport non seulement la RIAA choisit ses victimes de façon aléatoire mais nombre d’entre elles n’ont ni les moyens financiers de se défendre, ni les moyens de payer les amandes demandées, les laissant dans une situation extrêmement grave!

N7napstertoon

L’EFF propose à la fin du rapport de mettre en place un système de licence collective de 5$ par mois… une proposition que l’on retrouve en France via l’Adami et la Spedidam. Sauf qu’aucun de ces organismes nous a expliqués comment techniquement il serait possible de compter ce qui s’échange sur les réseaux afin de mettre en place ce système de licence avec gestion collective et reversements!

Pourrait-on imaginer un consortium FAI / Majors / fournisseurs de services / fabricants / association de consommateurs prêts à plancher tous ensemble sur des solutions techniques de comptage afin d’apporter une solution concrète et réalisable rapidement?

Il y a urgence…

02/07/2005

« L’expérience musicale » : un levier de dynamisation pour la musique en ligne!

Article co-écrit avec Alban Martin - Publié sur InternetActu le 29/06/05

1/ Où s’est déplacée la valeur dans la filière musicale ?

La musique en ligne se cherche un nouveau modèle. L’essor des réseaux d’échange type Peer to Peer pourrait laisser penser à première vue que le public n’accorde plus de valeur marchande à la musique numérique.

Or l’institut Jupiter Research nous apprenait en novembre 2003 que 26% des abonnés au haut débit étaient prêts à acheter de la musique en ligne. On estime à 6 millions le nombre d’abonnés haut débit en France à la fin de l’année. Il pourrait donc exister un potentiel de plus de 1,5 millions de consommateurs prêts à payer pour la musique. Reste à trouver le bon modèle.

Plus qu’un bon morceau de musique, ce que recherche le public est une bonne expérience musicale : c’est-à-dire une relation à la musique, à son auteur, à son univers sonore à la fois unique et chargée d’émotions. Une musique nous fait vibrer, ou sinon, on ne l’écoute pas. Et de telles vibrations, au-delà du talent, s’obtiennent en réduisant la distance avec les fans, en passant d’une relation anonyme, de masse, à une interaction personnelle et émotionnelle forte. Par rapport au CD, l’expérience musicale offerte par un concert live génère plus d’émotions en diminuant la distance physique et en immergeant complètement le fan dans l’univers de l’artiste. Signe des temps, les concerts ne se sont jamais aussi bien portés au cours de ces dernières années : Le Printemps de Bourges et le Zénith de Paris ont récemment dépassé leur record de fréquentation avec 1 million de spectateurs.

La suite ICI

01/05/2005

"Do It Yourself" dans la musique - Part 1

Article Co-écrit avec Alban Martin à paraître dans "Blast" en mai

Il y a quatre ans, presque jour pour jour, Pascal Nègre, le patron d'Universal Music déclarait à L'Expansion : «Nous sommes en 2001 et je suis confortablement assis dans mon fauteuil, sans flipper le moins du monde pour l'avenir de nos maisons de disques. Savez-vous pourquoi ? Découvrir de nouveaux talents, financer, produire, enregistrer et promouvoir de bons disques, c'est un vrai métier qui ne s'apprend pas en deux jours sur Internet»

«Do It Yourself» est la preuve que si…

Rappelons les faits qui expliquent comment les majors ont perdu leur pouvoir et favorisé indirectement le décollage du DIY.
Tout d’abord, le P2P est un usage irréversible quoiqu’il arrive. Il combla à l’origine un défaut d’offre correspondant à de nouveaux usages. Pour la première fois dans l’histoire du marché phonographique, la musique se transforme et se  dématérialise. Le P2P fait son apparition et jusqu’à 80% de la bande passante est utilisée pour télécharger des contenus numériques. L. Molteni et A. Ordanini ("Consumption Patterns, Digital technology and Music downloading")  observent que l’utilisation du P2P induit des consommations qui n’auraient pas existé sinon, dans la mesure où la fréquentation des systèmes d’échanges éclaire les consommateurs et les acculture à de nouvelles musiques. L’étude de Boorstin («music sales in the age of file sharing» Princeton, avril 2004)  montre que pour les jeunes (moins de 25 ans) l’usage du P2P diminue significativement les ventes de disques. A l’inverse, pour les adultes (25-45 ans) l’accès à l’Internet haut débit augmente significativement les ventes de disques. Pourtant les majors ont nié ces usages et les combattent par des procès qui ne font que ralentir l’émergence de services P2P légaux et monétisables.

Puis, Les majors ont perdu le contrôle de la diffusion de la musique. Les majors n’avaient pas à priori de culture informatique au moment de la dématérialisation de la musique. La voie était donc ouverte pour les éditeurs de logiciels (Apple, Microsoft), mieux armés pour répondre aux besoins du marché et surtout, habitués depuis 20 ans à réagir aux pressions concurrentielles. Le contrôle de la musique numérique se fait via des DRM, mesures de protections techniques, qui contrôlent l’accès et l’usage des morceaux achetés online. Il existe trois éditeurs de DRM : FairPlay d’Apple, Janus de Windows Media et Intertrust (détenu par Universal, puis Sony Philips). Chaque contenu musical protégé par un DRM donne droit à des royalties pour leurs éditeurs. Les majors doivent donc payer des sociétés informatiques pour protéger leurs contenus et gérer leurs droits de diffusion !

L’arme juridique n’a pas suffit pour lutter contre des usages répandus. Ne sachant pas comment gérer le développement des réseaux P2P et souhaitant maintenir ses acquis, l’industrie phonographique a fortement appuyé le vote de lois renforçant leur protection juridique (LCEN, LIL…). Pourtant on n’arrête pas l’histoire ! Le 10 mars 2005, un internaute de 22 ans poursuivi pour avoir téléchargé ou copié près de 500 films sur Internet, a été relaxé par la Cour d’Appel de Montpellier. Cet arrêt a crée une jurisprudence favorable à l’idée que le téléchargement était un acte de copie privée et non une contrefaçon. Les majors vont riposter en juin prochain, lors de la transposition de la directive EUCD. La copie privée, c'est le droit pour l'utilisateur de reproduire les œuvres musicales et sonores pour son usage privé et strictement non collectif. Graver ses compilations, extraire son morceau favori pour l’écouter sur son ordinateur ou encore dupliquer un CD pour en disposer à la fois chez soi et dans sa maison de campagne : autant de pratiques très répandues que le gouvernement s’apprête à proscrire. Au-delà de cette bataille juridique, c’est un vrai conflit d’intérêt qui se dresse, avec une pression des Majors pour que ses clients actuels ou à venir soient forcés de consommer selon leur bon vouloir. DIY traduit le refus de ce système qui aboutirait à un cloisonnement légalisé du client.

Enfin, les grandes surfaces contrôlent 75% des volumes de ventes de CD en France. Aujourd’hui 39% des ventes sont fait via les grandes surfaces alimentaires (Leclerc, Carrefour, Auchan…) et 36% par les grandes surfaces spécialisées (Fnac, Virgin Stores…). Pourquoi Labels  du groupe EMI n’a jamais vendu en direct ses contenus sur son site Internet ? Parce que s’il le faisait, il serait immédiatement menacé d’être dé-référencé chez les distributeurs qui ne veulent pas de cette concurrence directe.

[lire la suite ICI]

"Do It Yourself" dans la musique - Part 2

La réponse viendra aussi des initiatives DIY  de sociétés naissantes. Si l’on reprend la chaîne de valeur des majors, le concept de Do It Yourself se décline pour chaque étape : découverte de talents, financement et enregistrement, distribution, diffusion et services étendus. Les amateurs comme les professionnels ou semi-professionnels prennent une part active dans toute cette chaîne pour cocréer de la valeur et nous allons voir comment.

Les labels indépendants jouent le rôle qu’abandonnent petit à petit les majors pour la découverte de nouveaux talents. Rappelons que les investissements dans les jeunes talents ont été fortement réduits et la diversité en pâtit : 39 contrats sur 118 dénoncés par EMI en France. En Allemagne, BMG a licencié deux artistes sur trois . HipSolve Media est le créateur du label iHoopla qui propose aux artistes de créer leurs propres sites professionnels contenant leur musique, des images, des infos et une solution de paiement. Les artistes gèrent 100% de leur catalogue et HipSolve Media reverse 95% des revenus générés. Une rumeur court sur le possible rachat de HipSolve par Apple...

Les artistes peuvent compter directement sur les fans pour jouer le rôle de producteur : Maria Schneider a gagné cette année un Grammy Award pour son album "Concert in the Garden", produit par les internautes! Elle a utilisé la plateforme «artistshare» pour rentrer en contact avec ses fans et leur proposer du contenu personnalisé suivant des formules d'inscription variable. Grâce aux fans ayant choisi de devenir "gold participant" (nombre limité, souscription fixée à 1000 dollars), elle a pu autofinancer son enregistrement en levant 85000 dollars.

Jamendo permet d’enregistrer du contenu sous de nouveaux formats : le 31 mars, un premier concert a été organisé à Metz avec les groupes Both et Tri-Face. Le contenu est enregistré en direct à l'aide de l'outil Cclive et distribué librement sous licence Creative Commons. Les personnes apportant une clé USB à la fin du concert sont reparties avec ! C'est une première en Europe !

La distribution peut être assurée directement sans intermédiaire : CDBaby  sur son site explique clairement les règles : envoyez vos CDs, fixez le prix de vente,  on les vend pour vous moyennant une commission de 4 dollars par album vendus.  Pour la musique numérique, Cdbaby se charge des référencements sur les kiosques légaux (Apple iTunes, Rhapsody, Napster, MSN Music, MP3tunes, AOL's MusicNet, Yahoo MusicMatch…) et reverse 91% du montant des ventes.

La promotion de Fiona Apple s’est déroulée sur les réseaux P2P. Il faut rappeler qu’Epic garde depuis 18 mois son nouvel album sur les étagères sans annoncer de dates de sorties. Fiona a donc indirectement promu ses morceaux sur les réseaux de P2P. Résultat : BigChampagne, une entreprise analysant l'activité des réseaux de P2P, avance le chiffre de 38000 downloads simultanés a n'importe quel moment de la journée des chansons "d'Extraordinary Machine", l’album en attente de commercialisation. On sait même que la chanson "Please Please Please" est la plus téléchargée avec 20000 downloads simultanés en continu. Autant dire un succès attendu lors de la sortie officielle.

La diffusion devient l’œuvre d’un ensemble éparse d’acteurs : les outils décentralisés que sont le P2P ou le Podcasting ont pris le relai. Le Podcasting, encore émergeant, s’annonce prometteur. S’apparentant à des web radios individuelles, le flux peut être découpé, enregistré et ré-écouté à volonté. Il est souvent l’œuvre de fans souhaitant partager leurs goûts, notamment musicaux. Depuis que la technologie a été rendue disponible sur le marché en août dernier, plus de 4.000 podcasters sont apparus à travers le monde.

Le DIY continue autour du morceau de musique. La communauté de Generationmp3.com s’échange spontanément des informations sur les derniers baladeurs, des trucs et astuces, des comparatifs etc... Fort de 300.000 visiteurs uniques par mois, c’est la première communauté francophone sur les baladeurs MP3 ! La somme d’informations produites pourrait largement remplacer le service client de certains constructeurs !

Ces intrusions dans la chaîne de valeur classique doivent être considérées comme une source nouvelle de progrès. L’économiste austro-hongrois Schumpeter a d’ailleurs souligné comment, dans les cycles longs de croissance, les innovations se diffusaient peu à peu et perdaient leur rentabilité au cours du temps. Cette perte de profit entraîne la crise. Dans la période de crise, le capital excédentaire se détruit, c'est la "destruction créatrice" car de nouvelles innovations apparaissent, qui vont permettre l'apparition de la période de croissance suivante.

Nous y sommes et la création viendra aussi des initiatives DIY. La croissance sera soutenue par une nouvelle valeur, co-crée avec les consommateurs !

06/02/2005

Qui sont les consommateurs de musique en 2005 ?

Après avoir écouté "Système disque" sur France inter, le samedi 5 février de 17h à 18h, je suis encore très étonnée de n’avoir pas entendu parler des besoins des consommateurs ! Vous savez, ces personnes qui sont les clients de l’industrie musicale et qui payent pour acheter de la musique… mais bon sang, que veulent-ils ? Je vous propose de retourner aux fondamentaux du marketing et d’écouter vos clients !

D’après une étude menée par Ipsos , les contenus ou services qui légitiment le mieux un statut payant sont :

·   Ceux qui nécessitent une intervention humaine (par ex. un conseil juridique réalisé par un expert)

·   Les contenus et services normalement destinés aux professionnels

·   Les services ou contenus exclusifs, qu'on ne trouve pas sur un autre site web de façon gratuite

·   Les contenus et services personnalisés (par ex. système d'alerte personnalisée par e-mail sur des valeurs boursières, ou un horoscope lié à la date et heure de naissance)

1- Pour quels services les consommateurs sont-il prêts à payer ?

Il semble que les abonnés hauts débits soient prêts pour le paiement de contenus comme le montre l’étude réalisée par Jupiter.

Paiement_de_services_en_france

Cette étude nous apprend qu’un consommateur sur quatre déclare être prêt à acheter de la musique sur internet. Selon l’ART, on compte 5,5 millions d'abonnés au haut débit sur le dernier trimestre 2004. Il existe donc un potentiel actuel de +1.400.000 consommateurs prêts à acheter de la musique sur internet.

2- Les freins à l’achat de contenus et services sur internet, selon l’ancienneté de l’internaute :

Freins

Source : Etude Benchmarck Group sur les services et contenus payants sur internet de 2003 (base des réponses des internautes n’ayant pas encore acheté sur internet).

Au-delà d’une attribution de valeur selon le canal d’acquisition (légale ou pas), il existe de nombreux freins à l’achat de contenus sur internet. On notera en particulier la peur de payer en ligne et la peur d’acheter des contenus de mauvaise qualité.

On note que la courbe d’apprentissage du consommateur sur internet est très rapide. Alors qu’un néophyte hésite à 70% à payer en ligne, ce pourcentage chute à 14% pour un internaute ayant quatre ans de connexion ! D’où l’idée que le nombre de consommateurs prêts à acheter sur internet ne peut que fortement augmenter dans les années à venir.

3- Les facteurs conduisant le plus souvent à l’achat de contenus ou services sur internet sont (plusieurs réponses possibles) :

Contenus_payants_benchmarck

Source : Etude Benchmarck Group sur les services et contenus payants sur internet de 2003 (base des réponses des internautes ayant déjà acheté sur internet).

L’étude du Benchmark Group nous apprend que 43% des consommateurs ont acheté un produit suite à une utilisation gratuite (sur un réseau P2P ?). D’où l’idée que tester un produit (ou une partie) avant son acquisition renforce sa désirabilité et les taux de transformation à l’achat.

Une autre information est très intéressante à analyser : il semble que 18% des internautes ayant déjà acheté sur internet le font via le site de leur FAI. On peut expliquer ce chiffre par le fait que le FAI a déjà une relation avec le consommateur via la fourniture d’accès à internet et inspire donc confiance pour l’acquisition de produits.

4- Les leviers pour faire basculer les non-acheteurs :

Levier_benchmarck

Source : Etude Benchmarck Group sur les services et contenus payants sur internet de 2003 (base des réponses des internautes n’ayant pas encore acheté sur internet).

On peut se demander quels seront les leviers à même de faire basculer les non-acheteurs en acheteurs sur internet ? On retrouve ici le besoin de tester avant d’acheter (50%) mais aussi le rôle rassurant du FAI avec en plus la notion de forfait à un bouquet de services.

Synthèse : nous avons vu qu’il existe à fin 2004 un potentiel d’acheteurs de musique sur internet de +1.400.000 individus mais que parmi les freins à l’achat, les consommateurs n’attribuent pas de différence entre un morceau téléchargé gratuitement et un morceau acheté légalement. Les leviers pour augmenter l’achat sont la possibilité de tester avant d’acheter et le besoin d’être rassuré par un acteur connu : les internautes attribuent volontiers cette fonction à leur FAI…

Je laisse à chacun le soin de méditer sur ces résultats pour mettre en place rapidement des services répondant aux besoins des consommateurs.

17/12/2004

Une sueur froide nommée EUCD

Décembre 2004, c’était une nuit comme toutes les autres…

Cette nuit là, une meute frappe à ma porte – réveille – panique – 6h20 du matin… dehors, l’hiver, un fin crachin, Paris engourdie… j’ouvre un œil et puis l’autre, somnolente, je glisse hors du lit, l’électricité déchire ma nuit… je me dirige vers l’entrée, mon cœur accélère mais me ne réchauffe pas… alors que j’ouvre la porte, Morphée m’abandonne brutalement. Une main gantée me tend un mandat de perquisition. Quoi ? De quoi parlez-vous ? Je ne comprends pas… entrer ? Maintenant ? Je ne suis pas sûre… un ordinateur ? Mais que voulez-vous… ? Saisir ?!!! Une main se pose avec détermination sur mon épaule et me fait reculer, je vacille contre le mur… ça y est ! ils m’ont trouvé…

Cette situation, j’aurais peut-être pu la vivre… mais toi aussi lecteur !

En août 2004, l’ITIC nous annonçait que 81.5 millions de personnes avaient téléchargé de la musique en 2003, soit presque 5% des internautes mondiaux ; la France avec un taux de pénétration de 30% affiche 377 millions de titres téléchargés. Presque 1 français sur 3 est donc dans l’illégalité. (Depuis, les chiffres concernant la France ont été remplacés par des « XXX »… que cela signifie-t-il ?)

Mercredi 15 décembre, Alexis a été sanctioné pour avoir téléchargé (download) des œuvres sur internet mais aussi pour en avoir mis à disposition (upload), ce qui dépasse le simple cadre de la copie privée.

La directive EUCD arrive en France dans les semaines à venir

En mai 2001, l'Union européenne a approuvé une directive sur le copyright (European Union Copyright Directive, EUCD) s'inspirant en partie du DMCA américain (Digital Millenium Copyright Act), voté en 1998. Sa traduction française est attendue sous le nom de «projet de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information» (LDASI).

La veille du procès d’Alexis, le ministre français de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres a déclaré sur France 3 que "la directive ‘droits d'auteur’ sera transcrite et applicable en droit français dans les semaines qui viennent".

Quel est le problème ?

D’après le site EUCD Info, graver ses propres compilations à partir de ses CD, extraire son morceau favori d’un disque pour l’écouter sur son ordinateur ou encore dupliquer un DVD pour en disposer à la fois chez soi et dans sa maison de campagne : autant de pratiques très répandues, et jusqu’ici légales, que le gouvernement s’apprête à proscrire. Il s’agit du droit à la copie privée.

La copie privée, c'est le droit pour l'utilisateur de reproduire les oeuvres, les interprétations musicales et sonores, ainsi que les enregistrements sonores ou audiovisuels, pour son usage privé et strictement non collectif.

L’avant-projet de loi « relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information », légitime les dispositifs techniques (DRM) installés par les éditeurs et les producteurs sur les CD et DVD pour en limiter la duplication. Surtout, il interdit de les faire sauter, menaçant ainsi directement la copie privée.

Vous aurez le droit d’acheter tout ce que vous voulez, mais si le contenu est protégé par des mesures de protection anti-copie, vous n’aurez plus le droit d’en disposer comme bon vous semble, même pour un usage privé !!

La copie privée dans l’économie numérique

Suite au rapport de Gilles Bordes et Alain Crawford, intitulé « la numérisation des biens artistiques, danger ou opportunité », la question est posée aujourd’hui de la place de la copie dans une économie numérisée. En évoquant la menace qu’exerce la copie ou la faculté de copier sur l’économie de la création, on pose aussi la question de la place à donner à la numérisation des œuvres ; faut-il la freiner, notamment techniquement, ou bien laisser émerger une nouvelle structuration du secteur ?

La numérisation des contenus ne semble pas, à l’heure actuelle, menacer la rémunération des auteurs. Ceci ne signifie pas que son impact ne sera pas profond. Mais il s’exercera sur le long terme et, en priorité, sur d’autres acteurs, en particulier les producteurs et des distributeurs.

Plus généralement, l’adoption d’une démarche agressive à l’égard des « consommateurs de copie », ce qui recouvre une majorité de consommateurs mais aussi d’acheteurs de disques, pourrait dégrader l’opinion du grand public sur l’industrie dans son ensemble.

14/11/2004

La licence «Creative Commons» arrive en France le 19/11/04

Florent Latrive a mis à disposition son dernier livre « Du bon usage de la piraterie » en licence Creative Commons, ce qui signifie que vous pouvez télécharger intégralement et gratuitement le texte du livre ici et/ou acheter ce livre en librairie. Pourquoi distribuer un contenu gratuitement sur Internet et le vendre en même temps en librairie ?

C’est un paradoxe que Michel Valensi nous explique ici (version intégrale).

En résumé, « l’apparition du numérique oblige à reconsidérer la question des supports. Même si deux choses servent à la même chose, ce n'est pas la même chose : un 'livre' téléchargé confirme que le Livre est sans équivalent. »

Permettre aux lecteurs de lire intégralement et gratuitement un livre avant de l'acheter présente quelques avantages:

1.     La rationalisation de l’offre : lire gratuitement le livre dans un premier temps pourrait filtrer la qualité des livres vendus en librairie. L’idée étant que le succès d’un livre est fonction de sa qualité et de l’engouement du public plus que de la puissance de son plan de promotion.

2.     Le livre « objet » n’est pas substituable : même si le livre est téléchargé gratuitement, il est long et fastidieux de l’imprimer, de le relier soi même, de l’archiver… l’intérêt d’un livre réside aussi dans le plaisir de le manipuler et d’y accéder facilement.

Qu’est-ce que la licence Creative Commons ?

Creative Commons est un complément au droit d’auteur classique pour encourager la création et le partage. Creative Commons propose des contrats-type pour la mise à disposition d'œuvres sur Internet. Inspirées par les licences libres et le mouvement open source, ces offres facilitent l'utilisation et la réutilisation d'œuvres : textes, photos, musique, sites webs... Au lieu de soumettre tout acte ne relevant pas des exceptions légales à l'autorisation préalable des titulaires de droits, les licences Creative Commons permettent aux auteurs d'autoriser à l'avance le public à effectuer certaines utilisations sous certaines conditions. Il ne s'agit pas d'assurer une protection technique, mais de proposer au public une information sur les droits et utilisations consenties à titre gratuit : reproduction, diffusion, copie privée et exceptions légales sont préservées, mais aussi partage sur les réseaux d'échange de fichiers (peer-to-peer)...

Les options proposées dans les contrats-types Creative Commons

Différentes conditions de mise à disposition sont proposées aux auteurs sur une interface web pour aboutir à l'un des 6 contrats disponibles dans la version de base. D'autres options sont développées pour répondre aux besoins spécifiques du sampling, de la musique, des pays en voie de développement, de l'éducation... (ex. le MIT Open Course Ware)

Tous ces contrats autorisent la reproduction et la représentation des oeuvres, y compris au sein d'œuvres dites collectives (journaux ou encyclopédies en ligne), sous certaines conditions :

- citer le nom de l'auteur

- pas d'utilisation commerciale : l'auteur peut choisir d'autoriser tous les types d'utilisation, ou au contraire restreindre aux utilisations non commerciales.

- pas de modification : l'auteur peut continuer à réserver la faculté de réaliser des oeuvres de type dérivées, ou autoriser à l'avance les modifications, traductions.

- partage à l'identique des conditions initiales : à la possibilité d'autoriser à l'avance les modifications peut se superposer l'obligation pour les oeuvres dites dérivées d'être proposées au public avec les mêmes libertés (sous les mêmes conditions Creative Commons) que l'œuvre originaire.

=> Ces conditions restrictives peuvent être levées avec la permission de l'auteur.

Le lancement de la licence Creative Commons en France aura lieu le vendredi 19 novembre à Paris à Assemblée Nationale, 126 rue de l'Université, 75007 Paris, salle 6217 Inscription obligatoire par e-mail : inscription191104@hotmail.com

Pour plus d’informations : http://fr.creativecommons.org/

04/11/2004

Un pack outils « DIY : Do It Yourself »

Dans un article intitulé «Le devenir des innovations non-marchandes sur Internet : une étude des modèles économiques des webradios», présenté le 28 janvier 2004 aux doctoriales du GDR TIC et Sociétés, Jean-Samuel Beuscart développe une étude sur les relations entre les contenus «non-marchands» et «marchands» sur internet.

«Dans le domaine de la musique, il s’agit de savoir si l’Internet permet l’auto-édition des artistes indépendants, la diffusion gratuite à grande échelle, etc., ou si ces tentatives sont invariablement étouffés par les lois de marché qui transforment Internet en galerie marchande.»

C’est cette double question (les innovations non-marchandes peuvent-elles survivre ? Dans quel type de complémentarité avec les acteurs marchands ?) que J.S. Beuscart approfondit, à travers l’étude des services de diffusion de musique en ligne : les webradios.

Je laisse le soin au lecteur de ce billet de télécharger l’excellent document ici et de le savourer.

Néanmoins, cette étude révèle deux choses :
1- que contrairement à ce que les éditeurs en place veulent faire croire, il est possible de valoriser économiquement les initiatives «non-marchandes» sur internet puisque dans tous les cas, elles ont besoin de moyens pour exister (bande passante, hébergement, matériel…). L’idée serait alors de valoriser les outils de création et de gestion plus, que la production en elle-même (qui pourrait rester gratuite).
2- que le droit d’auteur en l’état actuel, réduit considérablement les opportunités d’internet en forçant (par exemple les webradios étudiées) à choisir entre un modèle économique classique ou un format associatif. Le droit ne permet pas à des acteurs de petite taille de développer des modèles hybrides innovants. La régulation protège pour le moment les éditeurs dominants.

On peut se demander alors s’il pourrait émerger sur le marché des acteurs économiques proposant un pack outils «DIY : Do It Yourself» pour l’édition de contenus musicaux gratuits (type webradios ou autres) et surtout si ces nouveaux acteurs seraient plutôt des constructeurs ? des FAI ? des éditeurs de logiciels ? ou des labels ?